Interview de Jean-René Bernaudeau : "2005 avait été une année difficile mais 2006 a laissé entrevoir des choses sympas pour 2007 !"
Cette saison, l'équipe Bouygues Telecom, qui a pris la succession de Bonjour et Brioches La Boulangère au 1er janvier 2005, a engrangé d'excellents résultats. La formation vendéenne a trouvé sa place dans le ProTour, remportant notamment une étape du Tour de France avec Pierrick Fédrigo, la Clasica San Sebastian avec Xavier Florencio et une étape du Tour du Pays-Basque avec Thomas Voeckler. A la tête du groupe, Jean-René Bernaudeau est persuadé que la progression de ses coureurs se poursuivra en 2007.
Jean-René, si vous deviez ne retenir qu'une image de la longue saison 2006, laquelle serait-ce ?
"Le meilleur moment de l'année 2006 restera la victoire d'étape de Pierrick Fédrigo à Gap, dans le Tour de France, parce que ce fut notre première victoire d'étape dans la Grande Boucle après sept participations. C'était quelque chose de fort pour toute l'équipe. Ce soir-là à Gap, il y avait une vraie joie totale dans toute l'équipe : les coureurs, les directeurs sportifs, les assistants, les mécanos, tout le monde. Tout le monde était fier. Quelque part, ce jour-là, ça a aussi démontré qu'on pouvait gagner sans tricher, qu'on pouvait disputer le Tour de France à l'eau claire. J'avais vu plusieurs opportunités dès la première semaine, des coups qui allaient au bout. La victoire de Pierrick Fédrigo, ça reste assurément le meilleur moment de l'année."
Au vu des résultats de Bouygues Telecom cette saison, on a le sentiment que l'équipe a franchi un palier en deuxième année de ProTour ?
"Un petit peu en effet. En 2005, il y a eu un gros menu, difficile à digérer. On ne savait pas trop si on allait être capable de finir le repas. On en a tiré les conclusions en première année ProTour. Et puis en vue de la deuxième année, on a augmenté notre effectif. Et l'an prochain, on l'augmentera encore d'un coureur. De plus, les moyennes d'âge augmentent. En 2005, on était un peu bas en moyenne d'âge. Nos coureurs étaient trop jeunes et manquaient d'expérience. 2005 avait été une année difficile sur le plan des grandes courses. Mais 2006 a laissé entrevoir des choses sympas pour 2007."
La différence entre les deux dernières saisons se serait donc jouée sur l'expérience ?
"Je pense. Il ne faut pas tricher avec les chiffres. La moyenne d'âge est importante. Au niveau ProTour, on ne peut pas mettre des gamins de 22 ans à toutes les sauces. On en avait beaucoup en 2005. Et ça, c'est évident qu'on ne peut pas être en haut de l'affiche avec une moyenne d'âge basse."
L'an prochain, Bouygues Telecom va s'attaquer à sa troisième année dans les pelotons. Faut-il encore s'attendre à une progression ?
"Ca c'est sûr ! C'est même certain ! Ce sera beaucoup mieux. J'ai déjà de petites idées sur ce qui va pouvoir être amélioré, mais je ne vais pas vous le dire aujourd'hui ! Les ambitions seront de gagner plus de courses avec plus de coureurs. Je ne souhaite pas forcément que l'équipe ait gagné plus de courses au total à la fin de l'année, mais qu'elle gagne plus de courses avec une multitude de coureurs différents. Depuis la création du groupe en 2000, nous sommes des obsédés du collectif !"
Dans quel sens a été effectué le recrutement à l'intersaison ?
"Nous avons cherché et réussi à recruter un des meilleurs grimpeurs de demain sur le marché en la personne du Suisse Johann Tschopp. Ca, c'est une très belle affaire. Nous disposerons de jeunes qui ont du talent, qui mûrissent. Et beaucoup de jeunes qui effectueront leur troisième année avec nous et qui devraient être bien l'an prochain. L'effectif sera complété par Julien Belgy, Dimitri Champion, Nicolas Crosbie, Saïd Haddou et deux autres étrangers : Aurélien Clerc et Erki Pütsep."
Au niveau de l'effectif, il semble qu'un tournant ait été adopté. Bouygues Telecom ne se base plus seulement sur du pur produit Vendée U mais intègre des coureurs d'avenir internationaux ?
"Pas vraiment. La différence, c'est qu'auparavant, nous étions seize à dix-huit coureurs, puis on est passé à vingt-deux. Aujourd'hui, nous sommes à trente. Trente coureurs, dont quatre étrangers (NDLR : Aurélien Clerc, Xavier Florencio, Erki Pütsep et Johann Tschopp), ce qui ne correspond pas à un grand pourcentage sur l'ensemble de l'effectif. C'est le minimum et il ne faut pas
croire que nous avons vendu notre âme. Ces quatre coureurs étrangers vont nous apporter le petit mélange culturel dont nous avions besoin."
Côté effectif, qu'en est-il du cas de Franck Bouyer ?
"Que voulez-vous que je réponde... Au 1er janvier 2007, il sera toujours avec nous. On attend que son contrat soit validé mais il reste avec nous. Il fait partie des trente coureurs de Bouygues Telecom pour 2007, bien sûr."
L'actualité du moment porte sur l'introduction des tests ADN. Que pensez-vous de ce débat ?
"Il n'y a pas débat. L'introduction des tests ADN, c'esf fait ! Les équipes qui l'ont inscrit dans leur règlement intérieur le feront. Concrètement, demain, s'il y a un problème dans l'équipe avec un coureur de Bouygues Telecom, le coureur en question donnera son ADN. C'est une proposition qui a été adoptée par toutes les équipes du ProTour sauf deux il y a trois semaines. Tout le monde le fera dorénavant. Seules deux équipes l'ont accepté du bout des lèvres mais ne l'ont pas écrit. Le Team CSC et la Discovery Channel n'ont pas signé cette proposition."
Une équipe Discovery Channel qui s'est d'ailleurs attachée les services d'Ivan Basso. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
"Mon sentiment, c'est qu'il y aura vingt-et-un vainqueurs d'étapes sur le prochain Tour de France, et que ce qui compte, c'est qu'il y ait un beau vainqueur. Qu'il n'y ait pas de suspicion. Quand je vois les images du Tour 2006, je trouve ça magnifique, mais il y a de mauvais acteurs et le dernier lauréat me fait vomir. Ca aurait fait du bien à tout le public et tous les jeunes cyclistes qu'il n'y ait pas de suspicion. Maintenant, Basso ou pas Basso, on peut se passer de tout le monde. Ce qui compte, c'est que le sport continue à nous faire rêver. Basso doit plus au Tour de France que le Tour de France ne lui doit. Alors si il est propre, eh bien qu'il le prouve. Et qu'il commence par donner son ADN, parce que c'est quand même un peu facile. Il y a 200 poches de sang et si l'on confond son ADN, il peut être complètement blanchi. S'il l'avait fait, il pourrait aujourd'hui être professionnel, ça ne me dérangerait pas du tout. Mais qu'il ne le donne pas, ça me dérange."
Et que vous inspire dès lors le cas de Jan Ullrich, dans la même galère ?
"Je m'en fous d'Ullrich ! Je ne vais pas perdre d'énergie pour ces mecs là. Je n'ai vraiment pas envie d'en parler, je préfère parler de ce qu'on va faire. Eux ne sont pas importants pour moi. Ils sont quelques-uns. Qu'est-ce que c'est par rapport à l'avenir d'un sport ? On peut se passer de ces gens-là. Mais en tout cas, ce n'est pas moi qui lui ferai une proposition, ça c'est sûr !"
Pour conclure sur un cyclisme plus sain, quel sera le programme hivernal de Bouygues Telecom ?
"Le programme sera classique. On va aux Sables d'Olonne et à Talmont-Saint-Hilaire, du 4 au 12 décembre. Les tests au CHU de Nantes se feront à cette occasion. L'équipe sera présentée le mardi 23 janvier au siège de Bouygues, mais pas de Bouygues Telecom. La présentation s'effectuera dans les bureaux de Martin Bouygues. Et le 14 décembre, je pars en vacances. Je débranche !"